Festival Beauregard, une belle Xème


À l’occasion de l’étonnante dixième édition de Beauregard, les 6, 7, 8 et 9 juillet 2018, qui verra monter sur scène 33 groupes et artistes, dont Depeche Mode, Jack White, Orelsan, MGMT, Nekfeu, Charlotte Gainsbourg ou encore Soulwax,  adscite est allé à la rencontre de Paul Langeois, directeur et programmateur du festival, ainsi que de la salle de musique actuelle Big Band Café.

Beauregard 2018 n’est pas une édition classique, cette année, le festival fête sa dixième édition. À cette occasion, pourriez-vous revenir sur quelques faits majeurs de l’histoire de Beauregard ?

Pour comprendre la genèse de Beauregard, il faut savoir que je m’occupe également de la direction et de la programmation du Big Band Café. Une salle de musique actuelle (SMAC) pouvant accueillir six cents personnes à Hérouville Saint-Clair. Depuis longtemps, l’idée d’un festival me trottait dans la tête, et comme toute idée, si on ne veut pas la voir disparaître, il faut se lancer. Également, pour saisir tous les éléments factuels de la naissance de Beauregard, je dois rappeler qu’à l’époque nous étions dans une période où de nombreux festivals stoppaient. Les années 2008-2009 s’inscrivaient dans une ère noire pour les festivals. D’ailleurs, lors de la première édition de Beauregard en 2009, seuls deux nouveaux festivals avaient vu le jour. Nous, et un second dans le sud de la France. Le projet Beauregard répondait aussi à la certitude suivante : il serait pertinent de faire un grand événement musical dans la région de Caen. Les habitants de l’agglomération étaient, à l’époque, obligés de parcourir plusieurs dizaines, sinon centaines, de kilomètres pour assister à un festival comme le notre. Nous voulions faire cesser cela. Ainsi, avec beaucoup de motivation, nous avons monté le festival rapidement, en six mois à peine. Nous avions évidemment choisi Hérouville Saint-Clair comme site. Il était inconcevable d’aller ailleurs. Et bien sur, le parc de Beauregard s’est naturellement imposé. Le lieu correspondait idéalement à nos envies de cachet. Ce parc arboré, avec des cèdres centenaires, et un magnifique château était le parfait point de départ pour l’image de marque de Beauregard.

Nous avons connu le succès dès le départ, avec 20.000 festivaliers sur deux jours. C’était bien au-delà de ce que nous imaginions. Ce formidable départ a confirmé une réelle attente du public, ce que nous supposions se validait. Puis tout est allé très vite. La deuxième édition comptait, elle, 34.000 festivaliers, avec des groupes de plus en plus connus. Le festival a continué à croitre, en passant de deux à trois jours. Puis, en 2014, nous avons commencé les « before » sur un quatrième jour avec le concert événement de Stromae. Finalement, nous arrivons à cette dixième édition qui va réunir environ 105.000 festivaliers. C’est une belle réussite ! Le festival a beaucoup évolué, il s’est professionnalisé, nous utilisons aujourd’hui beaucoup plus de terrain que la première édition. Nous sommes très heureux.

Vous venez du Big Band Café, une SMAC normande à taille humaine. Créer un festival bien plus large n’était-il pas un moyen pour vous de simplement programmer des artistes plus importants, et ainsi aller au bout d’une démarche de direction artistique ?

C’est exactement ça. Avant même d’être directeur et programmateur du Big Band Café, je travaillais déjà comme programmateur dans une autre structure. Et je connaissais trop bien les difficultés multiples pour faire venir des groupes renommés français, et d’autant plus internationaux, dans notre région. Généralement, les grands groupes internationaux choisissent leurs dates dans quelques grosses villes françaises comme Paris, Lille, Nantes, Lyon ou encore Marseille mais jamais Caen, malgré nos deux SMAC et notre Zénith. Par exemple, quand les Franz Ferdinand sont venus à Caen en mars, cela faisait bien longtemps que nous n’avions pas vu un tel groupe par chez nous, hors festival. L’avantage des festivals, c’est que les booker et groupes ne prennent pas en compte la ville mais la réputation du festival. La preuve avec Les Vieilles Charrues, quand un groupe s’y rend il ne se dit pas « chouette, on va jouer à Carhaix » mais « chouette on va jouer aux Vieilles Charrues ». Cette tendance nous permet de faire venir un groupe comme Depeche Mode à Caen. C’est extrêmement rare pour notre région d’accueillir une formation de cette renommée. Et la force d’un festival comme Beauregard, c’est de pouvoir amener dans un territoire habituellement laissé sur le côté des noms comme Sting, Portishead, ou encore Mötorhead.

Tous les festivals ne font pas l’effort de proposer un show avec le set complet des artistes. Votre réputation n’est-elle pas aussi liée à la place que laisse le festival Beauregard aux scénographies, ce qui permet aux artistes de s’exprimer pleinement ?

Nous sommes très attachés à respecter au maximum les attentes des artistes. Par exemple, cette année le live de Jack White requiert beaucoup d’attentions techniques. Mais le but du jeu, selon Beauregard, c’est de proposer aux artistes les mêmes conditions que dans une salle de concert. L’unique différence se fera alors sur la durée des concerts. Les têtes d’affiche, pourront jouer environ une heure vingt, alors que dans une véritable salle, ils font souvent plus. Néanmoins, nous tentons de respecter le show à cent pour cent. Et cette volonté nous pousse malheureusement à refuser certains groupes dont les contraintes techniques sont trop importantes.

La volonté artistique se poursuit également hors du champ musical. Beauregard propose de nombreuses activités : des projections dans les arbres, des jeux de lumières, des défilés d’art de la rue, etc. Pouvez-vous nous donner plus de détails sur cet aspect du festival ?

Tous les ans, nous tentons de trouver une thématique à décliner, naturellement sur les affiches, le merchandising, les gobelets, mais également avec des artistes décorateurs ou artistes performers. Je pars également du principe qu’un festival n’est pas juste un événement musical, mais également une expérience. Les gens viennent passer beaucoup de temps avec nous. Et nous ne souhaitons pas avoir un public girouette qui regarde une scène, se tourne, regarde l’autre scène, se retourne, etc. Non ! Pour nous, il est important de pouvoir se poser au calme, à l’ombre. Ou d’aller déguster des produits locaux, des huitres normandes aux bières et cidres artisanaux. Nous lions la bonne expérience musicale à un bon accueil, et cela jusqu’au café qui doit être bon et pas un jus noir et amer. Aussi, de plus en plus, l’accueil des enfants est un critère crucial. Il ne faut pas juste poser deux stands avec des ballons et du maquillage mais proposer une réelle offre. Nous travaillons par exemple avec une structure qui organise des ateliers où nous leur faisons réaliser des objets connectés. Pour nous, un festival est un moment de vie qui doit être parfait et contribuer à faire la promotion d’une région. À Beauregard, il est donc possible de voir un groupe culte tout en apprenant à faire du beurre de barate.

Beauregard fait, tous les ans, la part belle aux artistes indépendants ou signés sur de gros labels, à la scène locale comme internationale, à des groupes émergeants comme confirmés. Comment faites-vous pour gérer ce medley multi-horizons et finalement obtenir une programmation éclectique mais logique ?

Pour la programmation de Beauregard, je ne fais pas attention aux labels. Il serait trop compliqué et frustrant de sélectionner tel ou tel artiste car il est chez untel. Néanmoins, ce que j’apprécie beaucoup à Beauregard c’est la mixité. J’aime avoir cette image d’une famille dont les ados iront présenter Nekfeu à leurs parents, qui eux, amèneront ensuite leurs enfants devant Simple Minds. L’édition 2017 était formidable pour cela, avec la présence de Iggy Pop.

Il est vrai qu’à Beauregard nous passons parfois du coq à l’âne, mais cela ne me dérange pas du moment que la qualité est au rendez-vous. Mais, je ne me permettrais pas certains écarts. Je n’irais pas jusqu’à de la grosse variété comme Maître Gims ou M. Pokora. Néanmoins, je peux présenter les concerts de Thomas Dutronc, Olivia Ruiz, Mika, ou encore, cette année, celui de Julien Clerc. Mais au-delà de ces noms célèbres, mes grosses victoires sont quand on vient me dire : « merci, j’ai adoré découvrir Warhaus, j’ai même acheté le disque ! ». Là, en tant que programmateur, on sait qu’on a fait le taf. Surtout qu’à Beauregard, il est crucial pour nous de ne pas se faire chevaucher les live. Je déteste devoir choisir entre deux concerts, chez nous, ils s’enchaînent d’une scène à l’autre en respectant les artistes. Ainsi, même la scène locale va jouer devant l’ensemble du public présent à l’instant T. Même si c’est seulement devant les 5.000 personnes présentes à 15h. C’est toujours mieux qu’à 19h, sur une petite scène, face à un géant qui attirera tout le monde, et parfois même les potes du groupe local.

Peut-on finir avec les choses à ne pas rater sur cette dixième édition ?

Evidemment Jack White ! Il vient en France pour quatre seules dates. Deux fois à l’Olympia, les 3 et 4 juillet, à Beauregard, le vendredi 6, et enfin à Lyon, au festival Les Nuits de Fourvière, le dimanche 8. Cette rareté est un élément important à prendre en compte pour une tête d’affiche de cette notoriété, mais aussi le talent immense de l’artiste. Sinon, Depeche Mode, une groupe à la prestance scénique jamais questionnée. J’ai également hâte d’aller écouter avec nostalgie les Breeders, qui viennent de sortir un excellent album. Pour des groupes plus intimes, il faut absolument voir J. Bernardt artiste très charismatique venant du groupe Balthazar, comme son collègue Warhaus.

La sélection du TOP 5 à voir par adscite :

Charlotte Gainsbourg
VENDREDI 06 
20h10 / 21h10 – Scène John

MGMT
VENDREDI 0622h30 / 23h30 – Scène John

Carpenter Brut
SAMEDI 07
00h55 / 01h55 – Scène John

Soulwax
SAMEDI 07
02h00 / 03h00 – Scène Beauregard

Oscar and the Wolf
DIMANCHE 08
18h05 / 19h05 – Scène John

Remerciement : Festival Beauregard

Alexandre Fisselier

 

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