Les artistes qu’il ne faut pas rater aux Trans Musicales 2017


Depuis 1979, les Rencontres des Trans Musicales de Rennes, festival de musiques actuelles à portée internationale, permet à des artistes au talent désormais prouvé comme Björk, Lenny Kravitz ou encore Nirvana de faire leur première date en France. Dénicheuses de goût, les Trans Musicales ont, en près de quarante années, révélé des nombreux artistes comme les Beastie Boys, Étienne Daho, Daft Punk, M.I.A., The Fugees, Justice, Stromae, et la liste est encore longue.

Rencontre avec Jean-Louis Brossard, cocréateur du festival et actuel directeur artistique :

Le festival approche les quarante ans, quels sont pour vous les moments les plus marquants ?

La première édition, simplement pour son statut de première. Une aventure dingue au côté d’une scène locale bouillante en recherche de repères. Nous étions en pleine période charnière entre le punk et la musique progressive qui, elle, cédait peu à peu sa place. C’était en 1979, la fin d’une époque que nous fêtions entre copains. Nous faisions tout bénévolement, la dynamique était purement heureuse. Pour moi, ces instants resteront fondateurs.
Les moments marquants passent aussi, sans surprise, par des groupes et artistes importants qui ont traversé l’histoire des Trans Musicales. Comme Portishead, Nirvana, LCD Soundsystem, Public Enemy, ou encore le chanteur a cappella breton Deniez Prigent.
Également, autre bon souvenir, la première rave au Trans. C’était une pionnière au niveau de l’organisation, surtout pendant un festival. Cela détonnait des habitudes un peu sauvages et underground que l’on pouvait trouver à Paris. Nous étions début décembre 1992, et les Trans accueillaient Underground Resistance, 808 State, Juan Trip Experience ou encore The Orb. Nous ouvrions le festival à un nouveau public, et invitions les gens à partager une expérience inédite, où le son n’était plus frontal mais enrobant, avec des rappels partout pour plonger le spectateur au coeur de la musique. Je pense qu’avec cela nous n’avons pas capté tout le monde, mais que certains festivaliers ont laissé derrière eux leurs aprioris sur la techno. Depuis, les barrières n’ont cessé de tomber.

Les Trans organisent avec le théâtre L’Aire Libre des résidences pour les artistes. Pouvez-vous nous parler de ces dernières ?

Déjà, il ne faut surtout pas que l’on s’impose de règles pour la sélection. Nous devons rester ouvert à toutes les découvertes. Par exemple, un jour un copain me fait écouter au casque les quatre premiers morceaux de Jeanne Added et le coup de foudre a frappé immédiatement. Je voulais voir cette artiste en résidence. Cette idée du coup de foudre résume d’ailleurs assez bien le processus. Encore une fois, pour l’édition de 2017, c’est un ami d’une maison de disque qui m’a présenté le travail de Nakhane, un jeune sud-africain extrêmement talentueux.

Ces résidences servent, itou, de formidables tremplins aux artistes, comme Stromae en 2010 ou Fishbach en 2016.

Les artistes que nous sélections tiennent le pari, ils connaissent les enjeux et le travail nécessaire. Aujourd’hui, Fishbach parcourt la France de dates en dates avec succès. D’autres résidences apportent aussi, plus simplement, des réponses aux questionnements des artistes. Benjamin Clementine, résident de 2013, avait constitué un groupe pour une création originale qui lui a confirmé son souhait de poursuivre seul, en piano et voix.

Quelle est la direction artistique du festival ?

On décrit régulièrement les Trans Musicales comme un festival de musiques actuelles, mais ce label ne veut rien dire de très précis. Tout comme un autre terme, dont on nous affuble un peu moins, celui de world music. Je préfère parler de musique mondiale car en y pensant, pour un anglais, Noir Désir c’est de la world music car c’est en français. J’aime casser l’idée de la musique mondiale est une musique de types qui se cantonnent à trois instruments traditionnels. Il existe une musique africaine électro, une musique latine rock, ou encore un musique japonaise hip hop. Pour moi, les Trans Musicales sont un festival de musiques mondiales.

Comment repère-t-on ces groupes étrangers sans médiatisation et notoriété ?

Internet aide follement, il suffit de m’envoyer des liens pour que je voyage. Ensuite, je réalise un gros travail de prospection lors de festivals. Et j’avance à l’instinct avec des groupes qui parfois n’ont même pas un seul EP de produit.
Par exemple, l’année dernière nous accueillions aux Trans Musicales le groupe chinois Stolen. Pour repérer ce dernier, un enchaînement de circonstances s’est effectué. En 2005, j’organisais, avec Pierre-Alexandre Blanc, les Trans en Chine, et lui qui vit à Pékin connait très bien la scène du pays. Un jour que nous nous sommes croisés, il m’a passé le disque de Stolen et j’ai adoré. À la suite, nous avons donc invité le groupe à se produire en live pour la première fois en France et en Europe.

Comment s’assurer que de jeunes groupes ou des artistes étrangers se confirment sur scène ?

Eh bien, je ne m’en assure pas, j’espère (rire). C’est la toute la magie des Trans Musicales, le festival a cette audace dans son ADN. Révéler des groupes nous expose à un certain risque, mais les surprises procurent bien plus de plaisir. Puis, aujourd’hui, avec YouTube je peux me faire une idée du charisme et du talent bien plus aisément. Avant, la méthodologie était plus brute et se résumait ainsi : « le groupe qui tourne en boucle chez toi est un groupe à montrer.« 

Il y a peu, Rubin Steiner me confiait ne plus acheter de disque pour se concentrer sur ceux, très nombreux, déjà parus. N’avez-vous pas peur de ne plus souhaiter découvrir ?

Rubin Steiner est un garçon qui est excessivement investi dans sa propre musique. Je pense que son processus créatif ne s’alimente pas de la nouveauté ou de la concurrence. Il fait sa musique et la fait bien.
Après, je serais malhonnête de ne pas dire que je suis parfois lassé, même vanné. Pour un groupe sélectionné, j’en laisse dix, cent, mille sur le côté. Certains artistes copient trop, d’autres sont moyens et, c’est triste, mais quelques-uns sont horribles.

Cette année, j’ai l’impression que l’ouverture au hip hop est plus large. Ce n’est pas nouveau aux Trans Musicales, où des artistes comme la londonienne Kate Tempest, l’irlandais Rejjie Snow ou encore les islandaises Reykjavíkurdætur ont pu se produire, mais pour la 39eme édition je trouve cela plus fort. Me trompé-je ?

Nous essayons de toujours avoir du hip hop, mais il est vrai que cette année nous avons peut-être placé la barre plus en hauteur. Les propositions sont un peu plus nombreuses et bien variées avec notamment Krismenn qui rappe en breton, Columbine qui est à mon sens le plus gros groupe de rap rennais, mais aussi ABD ou encore Kiddy Smile qui offre une belle mise en avant du voguing house et hip hop. Même Tank and the Bangas mêle un blues soul à des inspirations R&B, et plus largement hip hop, très modernes. Too Many T’s également, dans la veine des Beastie Boys, un groupe bien déterminé, originaire de Londres. Je ne vais pas dire que je n’y suis pour rien dans cette plus grande représentation du genre, mais parfois les choses viennent d’elles-mêmes. Les gens analysent plus la programmation que je ne le fais… Pour moi, tous les groupes sont différents les uns des autres et, surtout, je veux tous les voir.

Mais aucune volonté de faire une soirée hip hop par exemple ?

Non, ça je m’en fiche. Par contre, je m’impose d’autres contraintes pour m’amuser. Cela peut aller d’une thématique colombienne, à un soir qu’avec des filles dans la Green Room.

Les Trans Musicales se déroulent en décembre, dans de grands halls d’expositions. Comment gère-t-on le son dans un espace si contraignant ?

Avec une formidable équipe, pour le son, mais également pour l’éclairage. Le travail technique est affreusement complexe, mais c’est le fardeau de quasiment tous les festivals qui se déroulent en période froide, où l’utilisation des extérieurs est impensable. Dans les contraintes, nous devons également prendre en compte notre large amplitude horaire, où les gens arrivent pour 20h et partent parfois à 7h. Ils doivent pouvoir s’asseoir, manger, boire, s’hydrater, se réchauffer ou tout simplement se poser un peu pour se détendre. Disons que nos difficultés et nos avantages sont très divergents de ceux rencontrés par les festivals d’été. Combien de festivals ai-je pu faire en juin, juillet, août, où la pluie ravageait tout le terrain et où rien ne permettait de s’abriter ou de se reposer ? Trop…

Quels sont vos coups de coeur pour ces 39èmes rencontres des Trans Musicales ?

Le duo slash quatuor australien Confidence Man, très visuel, très sexy, assez proche de l’énergie des LCD Soundsystem déjà évoqués. Ils jouent en milieu de soirée le samedi dans le hall 9, donc sur « Le » spot du festival. Dès que je les ai remarqués en concert à Brighton, je suis allé les rencontrer, le déclic fut instantané. Je voulais les réserver aussitôt pour qu’ils viennent en France en plein mois de décembre alors qu’en Australie c’est l’été, et donc la période des festivals. C’est une contrainte à laquelle les gens pensent trop peu. Par exemple, lorsque j’ai enfin pu faire venir Pnau en 2010, ça faisait trois ans que je courais après le groupe. Ils m’ont fait passer des vacances affreuses en annulant leur venue en 2008, c’était mon groupe préféré, j’étais dégouté.

Sinon, je recommande grandement les japonais de Oki Dub Ainu Band, un groupe très particulier entre krautrock, dub et traditions musicales nippones. Aussi, les Too Many T’s s’annoncent comme une chose à ne pas rater. Après, j’ai tendance à vouloir voir les artistes que je n’ai jamais vu sur scène. Donc j’oublie de citer des choses très chouettes comme The Daniel Wakeford Experience ou Flamingods.

Ah, et House Gospel Choir ça m’intéresse vraiment. Vingt-quatre membres sur scène, avec des cuivres et des voix dingues, c’est formidable. En plus, peu de choses circulent sur le net alors la surprise sera d’autant plus forte. Et enfin, la création avec Feder qui succède à celles faites avec Vitalic ou encore Etienne de Crécy.

Retrouvez ci-dessous la sélection adscite :

Kiddy Smile

CLASSIC HOUSE
France | Label – Defected Records
Let A B!tch Know

Kiddy Smile présente une musique empruntée de house américaine aux nappes envoûtantes et à la voix ensorcelante. Les Trans Musicales ont eu l’excellente idée de programmer le danseur, styliste, musicien et DJ, roi du voguing français. En bonus ci-dessous, un film à la direction artistique parfaite montrant une fable quotidienne dramatique.

Teardrops In The Box| Extrait de l’EP Teardrops In The Box

Flamingods

EXOTICA / POP ROCK PSYCHÉDÉLIQUE
Bahreïn – UK | Label – Soundway Records + Moshi Moshi
Rhama| Extrait de l’album Majesty

Le groupe propose une formidable pop psychédélique grisée de toutes parts par des rythmes tribaux  hypnotiques. La musique de Flamingods se veut immersive et vive, même vivante et omnisciente à toutes les formes de rythmiques. Ce melting-pot entrainant ne peut que convaincre. La preuve avec un second titre :

Gojira| Extrait de l’album Majesty

Mister Milano

ELECTRO-POP / POP SYNTHÉTIQUE
Suisse | Label – Two Gentlemen Records
Alta Clotura| Extrait de l’album Mister Milano

À l’aide de synthétiseurs, ni Krautrock, ni Italo Disco, les trois suisses du kitsch proposent avec leur projet Mister Milano des ballades de pop italienne déroutante. Impossible à dater, les chansons du trio se veulent excentriques dans l’intime et confidentielles dans le fantasque. Méli-mélo dingo finement illustré avec :

Il collezionista

Swedish Death Candy

ACID ROCK / NOISY POP / ROCK PSYCHÉDÉLIQUE / SHOEGAZING
UK | Label – Hassle Records
Living Your Life Away| Extrait de l’EP Liquorice

Thor & Friends

MUSIQUE CONTEMPORAINE / MUSIQUE MINIMALISTE
USA | Label – LM Dupli-Cation
Medieval | Extrait de l’album Thor & Friends

Alexandre Fisselier

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