Basile di Manski, la dolce vita sensuale


Rencontre avec Basile di Manski, ovni de la musique pop, entre le doux intello onirique et le fantastique bohème. Sa silhouette semble tirée d’un film de Wes Anderson, lui se revendique Fellinien, et fait mouche avec ce réalisateur occultant les frontières entre rêve et réalité. L’artiste, également parolier et auteur, sortira son premier album en 2018. La rédaction de adscite dresse avec Basile di Manski, rejoint au festival Cabourg, Mon Amour, son bref profil culturel ainsi que son cahier d’inspirations.

Quelles sont tes influences musicales ?

J’ai commencé par écouter beaucoup de hip-hop, un style que j’ai saigné à cause, ou grâce, à mes deux grands frères. Ils écoutaient l’âge d’or des années 1990, moi j’étais un peu jeune mais je tapais leurs walkmans où des cassettes de rap étaient déjà chargées. Pour citer quelques artistes qui m’ont vraiment marqué, il y a MC Solaar, NTM, IAM. Après, j’ai connu une seconde vague musicale, bien plus dance music. Puis, sur le tard, en jouant de la guitare, je me suis intéressé au rock, puis à l’électro. Je me suis mis à écouter du Phoenix, toute la French Touch de Alan Braxe à Cassius. Aujourd’hui, je ne me prends plus la tête à fixer sur un unique style, je peux passer de Debussy à Mac DeMarco, sans problème, même avec plaisir.

Et tes influences culturelles ?

Beaucoup de littérature, d’ailleurs j’adore écrire. Après, certains auteurs se détachent comme F. Scott Fitzgerald et Bret Easton Ellis qui m’ont largement inspiré et donné l’envie d’être écrivain. Ce sont eux qui m’ont poussé à écrire des chansons où j’ose parler d’un certain ennui existentiel propre à l’occident. J’adore la peinture également, sans référence particulière. Et, autrement culturel, la cuisine ! Surtout la cuisine italienne qui a surement indirectement inspirée ma musique.

Plus visuel, la Nouvelle Vague et le cinéma italien sont crucials dans mon approche de l’image. J’ai commencé par hasard à regarder des films de Godard et Truffaut, j’ai trouvé leur style très intéressant. Puis, je me suis penché sur Fellini et Antonioni et là, j’ai pris de sacrées claques. Depuis, je suis un fan absolu de Federico Fellini, son œuvre est folle. J’aime me dire que nos univers sont proches, que ses films et ma musique parlent des mêmes choses. Lui avec tout son génie, moi à la di Manski.

À la di Manski ?

Comme je suis très lent, j’essaye d’avoir toujours une longueur d’avance sur ce qu’il va se faire. J’ai plein d’idées en vrac, sans qu’elles aient de buts précis. Dès qu’un truc me passe par la tête, pour une pochette, une mélodie, un texte ou encore un clip, je le note. Peut-être que ces notes ressortiront un jour. Là par exemple, je travaille sur un clip depuis plus de quatre mois, j’ai donc en tête deux autres scénarios pour ne pas rester en rade à trainer après la sortie de celui-ci.

Tu parlais de Fellini, je voyais quelque chose de plus « seventies » dans ton imagerie, peut-être plus proche d’un Dario Argento.

Je ne connais pas bien les films de Argento, mais si par lui tu fais référence à toute la culture cinéma série b qui revient aujourd’hui sous forme bien plus artistique, je suis d’accord. On pourrait même pousser ce prisme jusqu’à évoquer le cinéma porno des années fin-1970 et 1980. L’esthétisme de ces films revient vachement, et pourrait presque paraître moderne. Surtout qu’ils sont restés longtemps très dépréciés, alors qu’ils sont devenus de nos jours des pièces quasi artistiques. Le porno n’est pas nécessairement laid, une réelle imagerie avec des belles idées peuvent exister.

Tant que nous sommes sur le porno, je pense à l’un de tes textes très sexualisé : « The Story Of A Magnificient Blowjob ». Peux-tu nous parler, toi qui écrit régulièrement, étant également auteur d’un livre « Saint-John d’Orange » sous le nom Basile Szymanski, de ton processus d’écriture ?

Je pense faire comme beaucoup d’autres chanteurs, je trouve une instru, ou une suite d’accords qui me plaisent, puis je commence à chanter des choses, des sons inarticulés. Généralement, dans ces sons inarticulés justement – dans ce yaourt –  quelques mots ou phrases se détachent. Ainsi, je me retrouve avec deux ébauches, l’une pour la mélodie et l’autre pour le texte où tout est mêlé. Puis, quand j’affine le texte, je tente toujours de conserver les premières inspirations, car souvent elles ont la bonne phonétique. D’ailleurs, quand je fais parolier pour d’autres personnes et qu’ils m’envoient leurs maquette, je trouve que les mélodies sont toujours déjà sous l’emprise d’une certaine narration qu’il faut alors libérer.

Et la scénographie Basile di Manski ça donne quoi ?

Avec mes live, j’essaye d’être à mi-chemin entre le concert et la performance, étant donné que je suis seul sur scène. Au départ, ma solitude scénique était une réelle contrainte, puis je me suis vite aperçu que je ne voulais dépendre de personne, ne pas avoir de musicien avec moi. Ainsi, j’ai créé ma petite formule où je joue un peu de tout. Cela me procure beaucoup de sensations, car être solo sur scène, c’est aussi être solo face aux risques et aléas d’un concert. Tu es au four et au moulin, c’est éreintant mais quand tout ce passe bien, c’est aussi extrêmement gratifiant. Cependant, plus le temps passe, plus l’idée de travailler sur une scénographie plus importante m’attire. Pourquoi pas me faire accompagner par un bassiste et un batteur ? Cette formation étendue me permettrait de revoir mon jeu d’interprétation pour faire quelque chose de plus fou, sans forcément pousser dans la théâtralité.

Alexandre Fisselier


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