Shlømo, musique aux amples horizons


Avec son projet Shlømo, le producteur Shaun Baron-Carvais érige une techno contemplative grandement parée de notes electronica souples, voire soyeuses, qui explose redoutablement en live. La musique de Shlømo dépeint des paysages vastes comme étroits, embrumés comme radieux, un complexe tableau qui transporte. La rédaction de adscite est allée à la rencontre de l’artiste lors du festival Scopitone.

Tu reviens d’une tournée de trois semaines au Japon, nous sommes à Scopitone, festival d’arts numériques et de cultures électroniques aux forts liens avec l’île. Cela m’amène à une question contextuelle, as-tu eu le temps de profiter de tes dates pour apprécier les arts japonais ?

J’ai eu l’occasion de visiter de nombreux temples, ce n’est pas bien moderne, mais le raffinement de ces sanctuaires est unique au monde. Chose évidente, j’ai également fait un musée sur les estampes. Après, je dois reconnaître que ma démarche était celle d’un amateur d’art plus que d’un expert. J’ai profité sans vraiment calculer mes visites à l’avance. Comme j’avais huit dates étalées sur trois semaines je n’ai pas approfondi le sujet art. J’ai plus vagabondé en touriste, ce qui est aussi très cool.

Quelles sont tes influences musicales ?

J’ai commencé, comme beaucoup de personnes de ma génération, par Michael Jackson quand j’étais petit, lui et toute la pop culture. Plus tard, j’ai basculé sur une longue période très hip-hop, français comme américain. Puis, vers mes dix-sept ans j’ai découvert la musique électronique grâce au label Warp, particulièrement avec Aphex Twin et Boards of Canada. Cela a été une véritable révélation, se sont mes plus grandes influences, elles se lisent dans ma musique.

Je suis aussi un grand fan de musiques de films, initié par Eric Serra, le compositeur de tous les Luc Besson, du Grand Bleu à Lucy en passant par Léon ou le Cinquième Élément. Bien sûr, il faut aussi ajouter Hans Zimmer, James Newton Howard et Philip Glass. J’aime beaucoup le minimalisme épic de Glass et Zimmer. En parlant de compositions minimales, j’apprécie notamment les compositions de Ludovico Einaudi. Et je ne dois pas oublier de citer Jóhann Jóhannsson, qui collabore régulièrement avec le réalisateur Denis Villeneuve. D’ailleurs la BO de Arrival (Premier Contact en France, ndlr) est la dernière à m’avoir littéralement scotché.

Et tes influences culturelles ?

Je me retrouve particulièrement dans le cinéma, cet art me parle. Ce penchant marque nettement mon processus de création. Lorsque je compose, je mets en images, j’imagine des scénarios sur lesquels déposer une intention musicale. Les villes et pays sont pour moi de belles sources d’inspirations variées, de Paris à la Colombie par exemple. La Géorgie est un fabuleux souvenir, la scène électronique géorgienne y est hallucinante, la ferveur de clubs comme le Bassiani à Tbilissi est presque unique. Ce genre de lieu, avec un public si engagé me motive à créer.

Tu as créé ton label Taapion Records, la ligne directrice y est-elle différente de celle de Shlømo ?

Pour Taapion, nous sommes trois à nous en occuper donc le processus est assez pragmatique dans le sens où chacun a sa mission prédéfinie. Ce n’est pas scolaire, mais ordonné. Nous avons une ligne directrice et nous y restons pour ne pas nous éparpiller. Cette rigueur peut sembler stricte mais c’est nécessaire pour qu’un label existe et dure. Au contraire, dans le processus de Shlømo, j’avance au feeling et suis totalement libre, ma seule ligne directrice est la musique électronique teintée d’une dimension cinématographique.

En parlant de dimension cinématographique, as-tu pensé ta scénographie ?

Malheureusement, pour le projet Shlømo, je n’ai par encore mis en place de scénographie, ni de VJing. Néanmoins, depuis peu, j’ai entamé un nouveau projet sous mon véritable nom, Shaun Baron-Carvais. J’ai eu l’occasion d’aller me produire au festival Atonal de Berlin avec un show visuel très intéressant. C’était super, Atonal est totalement dédié à l’image et au son. L’événement se déroule au Kraftwerk, une énorme usine désaffectée, où j’ai pu jouer devant plus de deux mille personnes avec d’imposants visuels très graphiques.

Les premiers sons signés Shlømo sont parus en 2013, ton approche de la musique est-elle restée inchangée en quatre ans ?

Il faut savoir qu’initialement, faire de la musique n’était pas un but dans ma vie. Pas que je ne prenne pas cela au sérieux… Non ! Mais m’imaginer professionnel dès le début aurait été très présomptueux. J’ai étudié la communication et ai travaillé huit ans dans une agence de com, en gardant la production musicale comme hobby. Puis, je me suis professionnalisé jusqu’à être confronté au choix suivant : devoir quitter mon agence pour pouvoir continuer ma carrière artistique. Le changement fut brusque, j’ai eu du mal à m’y faire, à rompre avec mes habitudes quotidiennes de salarié. Après avoir été contraint de respecter un emploi du temps précis et calibré pour le travail pendant près d’une décennie, j’avais l’affreuse impression de faire quelque chose de mal, tous les matins, après avoir quitté mon ancien boulot. Surtout que je l’appréciais réellement. Le choix ne fut pas simple, pour moi grand fan de foot, car je m’occupais du PSG. J’ai bien mis six mois à trouver mon rythme, et à pouvoir m’épanouir dans cette nouvelle vie.

Maintenant que tu as trouvé ton rythme, comme travailles-tu ? As-tu un processus particulier pour créer ?

J’ai besoin d’avoir mon studio chez moi, afin de pouvoir m’y enfermer sans être cloisonné dans un espace minuscule. Je préfère mille fois travailler dans mon appartement que dans un studio. Chez moi, je peux m’aérer l’esprit quand je le souhaite. J’ai aussi adapté mon emploi du temps afin qu’il gravite autour de la musique, sans s’y cantonner. Tous les matins, je me lève vers sept heures pour aller faire du sport, pour m’entretenir et garder une certaine rigueur. Vers dix heures, je passe à la partie téléphone, la partie non glamour du métier. J’enchaîne les call avec des labels, des bookeurs et autres professionnels de la musique. Puis après, je me consacre à la musique, mais pas nécessairement à la production, je me laisse beaucoup de temps pour écouter la promo d’autres artistes. Surtout que je n’ai jamais été un digger de son. À la limite, un digger 2.0, qui passe énormément de temps sur YouTube. Ce travail est essentiel pour préparer mes DJ sets.

Et enfin, autre branche de la production, la partie remix qui est cruciale dans le marché actuel de l’électro. J’en ai réalisé un pour Oscar Mulero qui sortira prochainement sur son label WarmUp Rec. Aussi, j’ai un EP de remix réalisés par Oscar Mulero, Johannes Heil et Tripeo qui sortira sur le label du dernier. Sinon, mon album va sortir en Mars 2018…

Remerciements : Scopitone | Taapion Records

Alexandre Fisselier

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