Virginie Fantino, créatrice de précieux bijoux candides


Lors du salon Maison&Objet de septembre 2017, adscite est allé à la rencontre de Virginie Fantino, talentueuse créatrice de bijoux – très dans l’émoi des souvenirs. Mais c’était au brillant concept store des métiers d’art, Empreintes, situé au cœur du Haut Marais dans le troisième arrondissement de Paris, que la rédaction avait découvert en amont les créations de Virginie Fantino, où, sous vitrines, étaient disposées des pièces d’une beauté naïve et d’une apparente, mais fausse, fragilité.

Sautoirs Cerise & Noisette - Virginie Fantino

Sautoirs Cerise & Noisette © adscite

Virginie Fantino, quel est votre parcours ?

J’ai une formation initiale en sculpture appliquée au métal, et depuis toujours un fort intérêt pour les petits formats. J’adore réaliser des choses à petite échelle. Cela m’a incité à poursuivre mes études après l’obtention de mon diplôme des métiers d’arts. J’ai alors enchaîné avec un nouvel apprentissage et ai obtenu mon CAP joaillerie en alternance. Ainsi, en parallèle des cours, je travaillais pour de grandes marques en sous-traitance, et réalisais des pièces joaillières pour des défilés. Cette expérience fut terriblement formatrice, et surtout, cela m’a offert la possibilité de me lancer. Pour résumer, on peut dire que mon parcours est un peu monté à l’envers du schéma classique. Moi, j’ai d’abord étudié l’aspect créatif avant de voir la technique.

Comment avez-vous lancé la marque, éponyme, Virginie Fantino ?

Avec une noix… Un fruit qui symbolise plusieurs choses pour moi. D’abord, la noix ressemble à un cerveau, elle évoque ainsi l’idée, la réflexion et le départ d’un projet. Mais nous pouvons également voir dans sa forme des poumons, qui, eux, soulignent la respiration, un nouveau souffle ou encore l’ouverture vers l’avenir. J’ai commencé avec la noix, pour moi, pour ce qu’elle me signifiait. Puis, sur le tard, j’ai découvert que l’objet, cette petite coquille, touchait les gens. Cependant, la première fois que j’ai présenté ce bijou en collier, un grand nombre de personnes ne s’imaginaient pas un seul instant porter une noix autour du cou. D’ailleurs, certains prenaient ça pour un délire « écolo-bobo », d’autres me sortaient plus légèrement la phrase bien sentie : « Oh, ce sont des bijoux à la noix ? » Le temps a fait évoluer la tendance, depuis trois ans, et désormais cela ne choque plus personne. J’en suis très contente. Aussi, par ses courbes la noix me fait penser au test de Rorschach. Dans mes bijoux chacun peut voir ce qu’il veut, projeter souvenirs et imaginaire sans limite. Finalement, chacun à son histoire personnelle autour de ce matériau qui invoque l’enfance.

Sautoir Noix - Virginie Fantino

Sautoir Noix © Virginie Fantino

Et après la noix ?

Après, j’ai continué dans cet axe créatif. Avec des créations qui parlent du corps et de la nature dans laquelle il évolue. Tout en remettant sur l’avant de la scène des choses oubliées, cassées ou encore jetées. Comme les coquilles et les noyaux. D’ailleurs, la coquille brisée, soulignant la fin d’un cycle, s’oppose au noyau, symbole du début d’une vie.

Quels matériaux utilisez-vous pour vos créations ?

Je travaille principalement le laiton que je fais ensuite plaquer à l’or. Ainsi, mes gammes de prix restent accessibles. Surtout que chaque pièce est unique et faite à la main. Les éléments naturels sont tous différents, je dois m’adapter à chaque fois à de nouvelles formes de base, à des aspérités inédites. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Néanmoins, je sais également travailler les métaux précieux bruts. Je réalise des bijoux en or massif sur commande. Aussi, je me suis aussi amusée à créer une gamme en argent, pour changer. Mais je ne les propose pas d’avance à la vente en boutique, il faut les commander.

Sautoirs Cédrat - Virginie Fantino

Sautoirs Cédrat © adscite

Comment préparez-vous les collections. Quels sont les objectifs de saisonnalité, les lignes créatives de la marque Virginie Fantino ?

Pour le moment, je sors une seule collection par an. Je n’ai pas le désir de me caler sur un calendrier précis et imposé. Je préfère viser des pièces plus intemporelles, que l’on puisse porter hiver comme été, aujourd’hui comme demain. Cela ne me plait pas d’être dans la tendance, je n’ai pas envie de me recycler tous les six mois. Je ne souhaite pas stopper des collections qui plaisent, aux clients et à moi-même, car la saison est terminée. La noix à cinq ans, elle plait encore. Son concept se puise dans le recyclage, je serais bien malhonnête avec cette démarche si j’arrêtais pour des raisons d’agenda commercial. Plutôt que de changer mes collections, je préfère les étoffer. Aux noix, se sont ajoutés des noisettes, des noyaux de cerises, puis d’olives et cette année de pêches. Je n’aime pas l’idée de l’accessoire jetable. Je n’ai pas cette culture là. Cela vient peut-être de ma formation initiale, assez artistique et très peu commerciale.

Collection Pêche - Virginie Fantino

Collection Pêche © adscite

Il y a aussi cette autre collection, Radio, moins nature et plus proche du rapport au corps précédemment évoqué. Pouvez-vous nous en parler ?

Avec ces bijoux je voulais aller plus loin dans ma démarche entamée avec les bagues Peau. Ces dernières sont faites en argent et en coquille de noix, qui s’apparente à la texture et au toucher de la peau. Ces bagues imagent une sorte de petite loupe sur la peau. Ainsi, les créations Radio vont plus en profondeur, avec elles j’ai voulu mettre en évidence ce qu’il y a sous le bijou et sous la peau. Par exemple, les broches montrent la cage thoracique, les sautoirs dévoilent les intestins, ou encore des bagues qui exhibent phalanges et articulations. C’est une petite fenêtre sur l’intérieur. Le côté médical, que je ne souhaitais pas particulièrement mettre en avant initialement, perturbe quelques personnes. Je trouve cela assez amusant.

Sautoirs Radio - Virginie Fantino

Colliers Radio © adscite

Vous faites des boutons de manchettes, donc il y a une clientèle masculine. Pouvez-vous en dire d’avantage ?

Pour le moment, je n’ai pas fait de grands efforts pour atteindre plus largement les hommes. Mes apprêts restent très féminins, les chaines sont très fines et les corps de bagues également. Néanmoins, je peux changer les anneaux pour faire plus « mec », faire des pièces sur-mesure, comme pour mes créations d’alliances. Ensuite, la collection Radio plait assez à une clientèle masculine, et les bagues sont réglables, donc idéales pour les hommes.

Et quelles sont vos inspirations ?

Depuis que je suis enfant, je regarde tout au microscope. J’adore le petit, l’idée de mettre quelque chose sous verre, de le regarder en profondeur, de rentrer dans la matière. Ce n’est pas une inspiration, mais j’aime le temps qui passe, je porte une noix en collier depuis cinq ans et je trouve merveilleux la patine qui se forme, qui marque l’objet par les années. Le temps rend les choses sensibles, je trouve cela très beau. Dans mes inspirations, je compte aussi les gens qui m’apportent leurs idées, envies et objets. Un jour, une grand-mère m’a demandé de lui faire un collier avec une dent de lait appartenant à sa petite fille. J’ai adoré travailler cette pièce, le lien intime était fort.

Virginie Fantino - Bague Peau

Bague Peau © Virginie Fantino

eBoutique Virginie Fantino

Alexandre Fisselier

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