Rencontre avec le duo d’Hyper Soleils


adscite a fait escale au studio Atlas à Belleville pour rencontrer Jacques Perconte, artiste plasticien et numérique avant-gardiste, et Jean-Benoît Dunckel, moitié du groupe Air et musicien solo évoluant sous le le nom Darkel, qui forment le duo Hyper Soleils, avec lequel ils développent le concept de live d’improvisation musicale et visuelle.

Quelle est l’origine de Hyper Soleils ?

Jacques Perconte : Ma compagne est professeur de yoga et parfois j’assiste à quelques cours. Un jour où j’y suis passé, Jean-Benoît y était également. Ça, c’est l’histoire de la première rencontre. Après celle-ci, nous avons échangé, avant de finir par vite dîner ensemble. Nous nous montrions nos travaux, lui ses musiques et pour ma part, mes vidéos. Au bout de plusieurs rencontres, j’ai proposé à Jean-Benoît de composer la musique d’un de mes films. Chose qu’il a vite acceptée, il a fait le travail tout aussi rapidement, tellement qu’il avait bouclé son affaire avant que je ne termine le film.

Jean-Benoît Dunckel : C’est avec cette première expérience que nous avons compris qu’il serait intéressant de travailler ensemble sur un projet commun plus vivant et aussi plus instantané. Notre collaboration a pris tout son sens lorsque l’idée du live est apparue. Avec ma manière de faire de la musique derrière des machines et la technique d’improvisation vidéo adoptée par Jacques lors des live, c’est devenu évident pour nous de bosser sur un projet, qui est devenu Hyper Soleils en cours de création.

J.P. : Entre les mois de Décembre 2014 et Février 2015, la Cinémathèque française m’a consacré un cycle rétrospectif (appelé Jacques Perconte, Soleil, cinéma d’avant-garde / contre-culture générale, ndlr). Pour l’événement, j’ai eu pour idée de départ d’inviter plusieurs artistes et musiciens avec qui j’avais pu collaborer. Finalement, juste avant de finaliser toute ma liste de souhaits pour cette rétrospective, j’ai décidé de seulement convier Jean-Benoît. Nous avons donc fait un premier live à la Cinémathèque. À l’époque, la pièce ne s’appelait pas encore Hyper Soleils, la représentation était très narrative. J’aurai adoré enregistrer cette version initiale.

JB.D. : Pour ce live, je ne jouais pas encore sur des synthé et autres machines, j’étais juste sur un piano. En improvisation, l’esprit était déjà présent. Pour revenir rapidement sur notre rencontre, j’aimerais ajouter que ce n’est pas anodin qu’elle est eu lieu pendant un cours de yoga. Pour beaucoup d’hommes de mon âge, parisiens, un peu métrosexuels, aller faire du yoga est souvent révélateur d’un changement de rythme, d’un nouveau pas dans la vie après une séparation, ou encore à cause d’un sentiment de stagnation. Notre rencontre s’est produite alors que je désirais lâcher prise musicalement, faire une autre sorte de musique. À cette époque, j’étais obsédé par l’envie d’inventer une autre écriture musicale, mais j’ai vite découvert mon incapacité à réaliser ce souhait. Je me suis alors retrouvé avec Jacques dans un formidable projet, excessivement épanouissant. Avec Hyper Soleils et cette improvisation mêlée de sons et d’images, j’ai appréhendé une nouvelle méthode d’approche de la musique. Ces improvisations avec Jacques sont très poignantes, elles sont très agréables à vivre car très tendues pour nous. Ce sont des live dangereux et artistiquement intéressants. Nous y faisons chacun des choses inattendues qui vont loin. Hyper Soleils n’est pas un projet formaté et c’est merveilleux. Il m’offre une liberté que je n’ai pas en composant pour des films, français comme hollywoodiens, en produisant des albums, ou même avec Air où tout est bien réglé, tout est bien mixé, tout est harmonieux. Hyper Soleils c’est sauvage, c’est comme dompter un animal.

Et pouvez-vous nous parler des live improvisés ?

J.P. : Hyper Soleils sous sa forme actuelle date de Mars 2015, c’était une représentation que nous avions faite à La Gaîté Lyrique, à Paris. Les images sont bien les mêmes depuis le début, tournées en Normandie. Une fois sur scène, je joue avec ces matériaux visuels à la manière de Jean-Benoît avec ses instruments. Nous sommes dans une situations foncièrement similaire lors des live, nous partons à l’aventure en duo. C’est un dialogue que nous préparons bien en amont des représentations, des préparatifs que nous relâchons pour improviser dès que nous arrivons devant le public. Cette technique nous rassure et nous permet d’avoir le dessus sur les machines. Malgré le fait que Hyper Soleils soit un live d’improvisation, ce travail est nécessaire car il serait impossible d’y aller du tac au tac. Avec Jean-Benoît nous travaillons régulièrement ensemble, nous nous retrouvons en studio pour jouer et continuer à maîtriser le projet. C’est comparable à un duo de joueurs de tennis qui joueraient en double, chacun connaît les coups et habitudes de l’autre à force d’entraînements, même si chaque match est unique.

JB.D. : Les films de Jacques peuvent tellement dégénérer vers un tas de voies. L’âme de Hyper Soleils c’est cette manière d’osciller entre dégénérescence et renaissance. Les images que nous utilisons nous les faisons résonner, avec la musique évidement, mais aussi avec le traitement numérique des vidéos. Nous pourrions partir de n’importe quelles images et arriver vers tout autre chose que la résonance serait toujours en accord avec la pièce.

J.P. : Il y a d’ailleurs des images représentatives de la pièce, qui reviennent quasi systématiquement. D’autres, au contraire, nous les voyons si peu que lorsque l’on retombe dessus nous les redécouvrons presque. Dans les moments forts de la pièce, il y a ceux avec des soleils, ils viennent brûler l’image, transpercent l’écran, aveugler de clarté. Cependant, malgré ces sortes de balises vidéos qui encadrent le projet, Hyper Soleils reste libre et improvisé. Il faut voir notre travail comme du jazz, nous avons des points de repère qui donnent des directions, puis le tout s’emballe, la musique s’excite, la vidéo avec, l’un peu prendre le pas sur l’autre, puis l’un se calme, l’autre suit, la mélodie descend et la vidéo s’attarde sur certains effets et plans.

JB.D. : C’est comme du pilotage, tu peux improviser mais si tu ne connais pas bien ton avion et bien tu crashes. Pour nous, c’est pareil, tout est dans la connaissance des machines pour ne pas se planter. Nous devons jauger les équilibres entre les pleins et les vides, lors des lives, pour ne pas agresser les spectateurs. Il ne faut pas les surcharger d’informations, Hyper Soleils doit être fait de schémas beaux et simples pour être tripant.

Peut-on parler d’impressionnisme vidéo ?

J.P. : Ce mot revient souvent quand on évoque mes travaux, mais dans la réalité ce n’est pas si proche de l’impressionnisme. Mes travaux y font penser à cause des matières et couleurs que j’utilise, et aussi en raison des paysages. Mais je travaille sur ordinateur, c’est une différence majeure. Après, peut-être que si les grands maîtres impressionnistes avaient été contemporains des ordinateurs, leurs œuvres auraient été différentes. Je me sens plus proche de la mouvance abstraite qu’impressionniste.

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Les oiseaux Migrateurs © Jacques Perconte

Quel est le public des live de Hyper Soleils ?

JB.D. : Nous avons la chance d’avoir un public arty. Puis nous sommes dans une époque qui voit émerger, depuis plusieurs années déjà, un nouveau type d’auditeurs. Ce sont des geeks, je dis ça très positivement, plutôt jeunes, amateurs d’art contemporain et branchés musique électronique, pas celle qui passe à la radio mais celle qu’il faut rechercher.

J.P. : Quand nous sommes sur scène nous faisons tout pour le public. Ça paraît idiot de dire cela, même logique pour des gens qui se produisent devant une audience mais Hyper Soleils est un très beau projet studio que nous dévoilons dans de rares occasions. D’ailleurs, les représentations publiques ont un élément supplémentaire aux enregistrements studio, c’est la communication des corps et des âmes qui se passe en live. Nous ressentons le public, ses attentes, mais aussi le lieu, et nous improvisons avec ces données.

JB.D. : Après, c’est quand même arrivé une fois à Bordeaux que le contexte et le public ne soient pas au rendez-vous. Dans ces moment là, avec la proposition que nous sommes censés faire, pour moi ça devient compliqué. Je me mets à stresser. Ah, et cette autre fois à Cannes, c’était très bizarre.

J.P. : Les organisateurs de l’événement à Cannes avaient mal pensé la chose. C’était à la Villa Domergue, un lieu mythique de la ville avec une immense terrasse. L’objectif était donc de nous faire jouer sur cette magnifique terrasse, face à la vue panoramique, avec, bien sûr, un écran derrière nous. Malheureusement, il y avait du vent et l’écran n’était pas fait pour résister.

JB.D. : Il n’était pas perforé donc le vent s’engouffrait dedans, bien violemment. Nous avons passé environ sept heures à résoudre les problèmes techniques de ce lieu, certes sublime mais pas du tout adapté. Une fois arrivé au live, je me sentais laminé, sans jus, c’était triste. Mais sans ces deux problèmes, je suis très heureux avec Hyper Soleils. Je redécouvre l’excitation d’être sur scène, de faire une chose nouvelle qui va mourir avec le temps. C’est génial comme sentiment, et je l’avais perdu. Quand je suis sur scène avec Air, nous reproduisons une chose passée alors qu’avec Hyper Soleils c’est neuf à chaque fois.

Et un enregistrement commercialisable de Hyper Soleils est imaginable ou est-ce contraire à l’esprit du projet ?

JB.D. : Un enregistrement commercialisable sous forme de DVD ou simple album est compliqué. Il n’y a pas un mais des live de Hyper Soleils. Nous enregistrons chacune des séances qui comptent toutes des avantages et des inconvénients, des passages merveilleux et d’autres moins notables.

J.P. : C’est marrant car chaque live est unique, différent des autres et pourtant si identique. Nos explorations sont similaires et la base est toujours la même, car nous répétons régulièrement, mais elles n’ont jamais la même énergie. Chaque piste est une hypothèse, qui peut partir dans un sens comme dans un autre, c’est le bonheur de l’improvisation que d’ignorer au début d’un enregistrement la fin que ce dernier aura.

Nous avons quand même pour objectif de sortir un coffret avec plusieurs vinyles de nos différents enregistrements en studio, le tout accompagné d’un film qui sera la synthèse de Hyper Soleils. La synthèse, car avec Jean-Benoît nous avons un prochain projet à développer, qui remplacera en toute logique la pièce actuelle. Il ne restera plus que ce coffret pour découvrir ou redécouvrir Hyper.

Et quel sera le prochain projet de votre duo ?

J.P. : Il sera plus frais et bien plus complet. Il y aura des live évidemment, mais aussi une exposition musicale, avec des installations vidéos et un film. Tout le panorama de ce projet est détaillé avant de l’entamer, la collaboration avec Jean-Benoît sera bien plus forte.

Hypersoleils / Jacques Perconte

Alexandre Fisselier

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Comments

  1. […] ses différentes propositions autour d’artistes comme Anne-Sarah Le Meur, Antoine Schmitt, Jacques Perconte, ou encore le duo Laurent Mignonneau & Christa Sommerer, tous amateurs de supports numériques […]

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